Les forces américaines et les soldats de l'Otan sont désormais contraints à la défensive dans l'est de l'Afghanistan, une zone considérée jusqu'à récemment comme un succès de la lutte anti-insurrection, selon des experts américains.

Au moins neuf soldats américains de l'Otan ont été tués dimanche dans cette région, lorsque des centaines d'insurgés ont attaqué un poste avancé dans la province de Kunar, près de la frontière pakistanaise. Il s'agissait de la journée la plus meurtrière de 2008 pour les quelque 70.000 soldats des deux forces multinationales en Afghanistan, l'une de l'Otan, l'autre sous commandement américain.

Depuis que le nouveau gouvernement pakistanais a adopté une attitude non-interventionniste dans ses zones tribales, les opérations des insurgés sont plus audacieuses et efficaces.

Ce qui se passe actuellement "est très sérieux parce que l'Otan est déjà sous forte pression", a affirmé Bruce Riedel, ancien responsable de la CIA actuellement au centre de réflexion Brookings institution.

"Avant, la situation se détériorait sur un front, le front sud. Maintenant que la situation dans l'est se dégrade également, cela pèse vraiment sur les moyens américains et ceux de l'Otan", a-t-il dit.

Face à la montée des violences, le Pentagone a commencé à accorder plus d'attention à l'Afghanistan où se trouvent 36.000 soldats américains, mais dans la mesure des possibilités imposées par la guerre en Irak, où se trouvent quelque 150.000 soldats.

Un porte-avions américain, l'USS Abraham Lincoln, a rejoint la mer d'Arabie pour venir en soutien des opérations militaires en Afghanistan. La mission des 2.200 Marines envoyés en renfort a également été prolongée d'un mois, jusqu'en novembre.

Le chef d'état-major interarmées américain, l'amiral Michael Mullen, a rendu de son côté une visite surprise à Islamabad au cours du week-end pour demander au Pakistan de faire plus pour endiguer le flot de combattants vers l'Afghanistan.

"Une part de l'effort n'est pas uniquement militaire en Afghanistan, mais consiste à travailler avec nos collègues pakistanais et le gouvernement pakistanais pour s'occuper de la situation de leur côté de la frontière", a indiqué Bryan Whitman, porte-parole du Pentagone.

Mais le Pakistan n'a pas manifesté une volonté intense de se montrer plus ferme à l'encontre des insurgés.

Et le président afghan Hamid Karzaï a violemment dénoncé lundi les services de renseignements pakistanais, qu'il a accusés d'être "responsables de la violence, des meurtres et de la destruction" en Afghanistan.

Des accusations que certains experts jugent crédibles.

"Cela montre qu'il y a une vraie faille dans la volonté de construire un front commun entre l'Afghanistan, le Pakistan et l'Inde contre les extrémistes islamistes. Et ce n'est pas une bonne nouvelle", a souligné M. Riedel.

Pour Sam Brennen, expert au Centre des études internationales et stratégiques (CSIS), la capacité des forces américaines et de celles de l'Otan à "influer sur les évènements et vraiment savoir ce qui se passe s'arrête à la frontière pakistanaise".

Les talibans s'étaient progressivement emparés du pouvoir en Afghanistan dans les années 1990, avec l'aide des services de renseignements pakistanais.

Ils mènent une insurrection meurtrière depuis qu'ils ont été renversés fin 2001 par une coalition menée par les Etats-Unis.
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