Le satellite franco-américain Jason-2 a été mis sur orbite, vendredi 20 juin, par une fusée Delta-2 lancée depuis la base militaire de Vandenberg (Californie). Fruit d'un partenariat entre le Centre national d'études spatiales (CNES) et l'Agence spatiale américaine (NASA), ce satellite a pour mission de mesurer les variations du niveau des océans. Acquises en continu depuis le lancement, en 1992, du satellite Topex-Poséidon puis, en 2001, de Jason-1, ces données ont d'abord permis d'établir avec précision le rythme d'augmentation moyen du niveau des mers. Elles ont aussi révolutionné la capacité des scientifiques à mesurer et prévoir l'état physique de l'océan.
"Jason-2 ne contient pas de révolution technologique", dit Pierre Bahurel, directeur de Mercator-Océan, le Groupement d'intérêt public (GIP) chargé de la prévision de l'océan. Sa principale mission est d'assurer la continuité des données.

"Cette "continuité" qui assure que les relevés ne souffrent pas de lacunes importantes, ni dans l'espace, ni dans le temps, est cruciale pour les études scientifiques, comme par exemple le suivi du niveau moyen des mers en relation avec l'étude du changement climatique", précise Alix Lombard, chercheur au Laboratoire d'études en géophysique et océanographie spatiales (Legos).

Jusqu'à l'arrivée des satellites, seules les données marégraphiques, relevées dans chaque port, permettaient d'estimer cette valeur. Depuis le début du XXe siècle et jusqu'aux années 1990, "les marégraphes ont donné un rythme moyen, compris entre 1,5 mm et 1,8 mm par an environ", dit Mme Lombard. Mais depuis 1993, les satellites estiment cette élévation annuelle des océans à 3,3 mm. La question étant de savoir si la différence est, tout entière, à mettre au compte de l'accélération du réchauffement climatique...

L'altimétrie spatiale a aussi révélé autre chose que des chiffres bruts. Elle a permis de mettre en relief la surface de l'océan, d'en établir une manière de topographie. Avec ses sommets, ses vallées, ses pentes.

"AIDER LES DÉCIDEURS"

Conjuguée aux données océanographiques relevées in situ (bouées, bateaux, etc.) et à celles provenant des satellites qui mesurent la température des eaux de surface, cette information permet d'observer avec acuité les grands courants océaniques, d'en mesurer la variabilité et d'en prévoir les variations à court et moyen terme.

"En cas de naufrage comme celui du Prestige par exemple, ce type de prévisions permet de dire quelles côtes vont être touchées", explique M. Bahurel.

En outre, les courants océaniques sont des éléments cruciaux de l'activité biologique des océans : ils enrichissent les eaux de surface avec les nutriments présents dans les profondeurs et favorisent la présence de plancton, donc des espèces de poissons exploitées par l'homme. Faire ce lien entre l'état physique de l'océan et son activité biologique, en fonction des zones, peut "aider les décideurs dans l'élaboration des quotas de pêche", précise Mme Lombard.

L'anticipation des grandes pulsations du climat, comme le phénomène El Niño et son pendant froid, La Niña, n'est pas moins cruciale, vu les répercussions que ces phénomènes peuvent avoir sur les activités humaines. "Désormais, avec plus d'une dizaine d'années de recul, nous pouvons dire si les variations de tel ou tel grand courant océanique sont normales ou anormales, poursuit M. Bahurel. Ce n'est plus comme si nous avions un flash de données fourni par une mission ponctuelle."
Stéphane Foucart
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